Ma rencontre avec Irène

Ma rencontre avec Irène - Wilber Sargeant

Mes premiers jours dans cette nouvelle ville ne furent pas faciles. Je ne connaissais personne, et j’ai un tempérament empreint d’une certaine timidité. Je ne veux surtout pas ennuyer ceux et celles que je rencontre, je ne prends donc que rarement la parole. Ma venue dans ce quartier avait coïncidé avec l’accord que j’avais obtenu pour une hypotheque privee. Je démarrais une nouvelle vie. Tout d’abord, j’avais acquis un grand appartement, avec plusieurs chambres, un salon, une salle à dîner. Pour le décorer, j’avais lu tout ce que j’avais pu sur des sites, dans des magazines et en me rendant à des expositions. Une fois que mon œil fut un peu plus assuré, j’ai trouvé mon style. Au début, je pensais me tourner vers le design pour meubler mon logement, mais j’ai craint que la froideur de certaines œuvres me lasse.

Avec le mur en briques de mon salon, je pouvais jouter des détails pour me tourner vers une décoration industrielle, mais ce n’était pas non plus ce que j’appréciais. J’ai vu chez des antiquaires des meubles qui me convenaient. Simples, en bois, ils furent aisés à repeindre. J’ai choisi des couleurs pastel, du beige avec une pointe de rose, du bleu ciel, du vert tendre. Les éléments de cuisine possèdent des portes de placard personnalisées, pas une seule n’est de la même couleur que l’autre. Avec des poignées en cuivre, elles sont réactualisées au goût du jour. J’ai apprécié de me servir de meubles en bois de bonne qualité. Pendant que je cherchais des armoires, j’avais remarqué la présence d’une femme dans les mêmes magasins que moi. Ses cheveux tirés en un chignon assez lâche, sa démarche légère, malgré son âge, et son sourire m’avaient charmé.

Bien sûr, je n’osais pas l’approcher. Un dimanche, alors que je regardais en détail une lampe étiquetée à un prix exorbitant, elle vint engager la conversation avec moi. C’était le montant demandé pour l’objet qui l’a surprise, et nous avons commencé à discuter des objets d’art et de la difficulté d’acheter du mobilier à un montant peu élevé. C’était le soir et l’antiquaire nous demanda de sortir de sa boutique, car il fermait. Sur le trottoir, nous avons continué à parler. Elle prit l’initiative de m’inviter à souper. J’appris qu’elle s’appelait Irène, qu’elle avait trois chats et que sa passion était de posséder des antiquités. C’est ce jour que nous avons compris que nous étions faits l’un pour l’autre.